Réflexion sur l'espace collaboratif

Réflexion sur l'espace collaboratif

Réflexions autour de l’espace vide ou comment un environnement peut induire des comportements plus volontaires et audacieux.

L'illustration est tirée de la couverture de l'ouvrage L'Espace vide : Écrits sur le théâtre de Peter Brook.


La page blanche

Nous avons tous fait face un jour ou l’autre à ce sentiment d’incertitude paralysante : devant une page blanche, mais aussi au démarrage d’un nouveau projet. Par où commencer ? Pour aller où ? Vais-je y arriver ?

Cette angoisse de la page blanche est un vertige. C’est le vide qui nous effraie.
Un vide d’autant plus effrayant que l’on doit s’y projeter de façon imminente.
Mais ce qui nous glace dans ce vide est paradoxalement un trop-plein : c’est en fait l’infinité des possibilités qui s’offrent à nous.

Si on se demande « par où commencer », ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de chemin, mais bien qu’il y en a trop. C’est cette incroyable liberté qui nous déroute.

Le syndrome de la page blanche, c’est l’expression d’une anxiété, d’un doute. C’est la peur du risque et de l’échec. C’est la difficulté de l’acte créatif, qui consiste à oser, à prendre des risques, à faire des choix.


Le saut à l’élastique

Le passage à l’acte, le basculement vers l’action, est une étape déterminante.

Comme en saut à l’élastique. On hésite, on tremble, et à un moment précis, notre volonté prend le dessus et on s’élance dans le vide.

Derrière cet acte de bravoure un peu inutile se cache une vraie transformation. La personne s’est prouvé à elle-même qu’elle pouvait se surpasser, dépasser ses peurs, et elle en retire une fierté authentique.

Cette fierté est bien sûr décuplée quand il s’agit d’un groupe, la fierté collective venant s’ajouter à celle individuelle.


L’espace vide

Un espace vide porte en lui les mêmes signifiants que la page blanche et que le saut à l’élastique. C’est tout à la fois intimidant et une invitation à l’exploration, à s’y projeter.

Remarquons qu’un espace « plein », en revanche, meublé, habité, renvoie le message inverse. Chaque arrangement, chaque meuble, chaque bibelot est la matérialisation des choix d’autres, d’un cheminement qui nous est étranger et qu’il serait malvenu de remettre en question.

Dans l’espace vide, littéralement, rien ou presque ne préexiste. Tout est à écrire.


Donjons et Dragons

Tentons de transposer ces concepts en une expérience concrète. Il s’agit de scénariser un cheminement dont le but est d’amener un groupe du statut de partenaires d’infortune à celui d’équipiers – un vrai jeu de rôle grandeur nature.

« La scène se déroule dans un espace dépouillé de tout son mobilier. Il ne reste rien. Seul un parallélépipède blanc parfait, artefact mystérieux, trône au centre de l’espace.

Les portes s’ouvrent, nos aventuriers avancent, un peu déroutés par la nudité de l’espace. On vérifie le numéro de la salle dubitatif. C’est bien là.On s’avance prudemment.
Ils trouvent au sol des instructions de travail. De toute évidence, quelque chose cloche…

Le groupe est un peu circonspect. Ils ont bien une mission à mener, mais, de toute évidence, il leur manque un environnement de travail adéquat. Alors, que faire ? »

Face à cette situation singulière, nos aventuriers doivent prendre leur courage à deux mains et, à force de ruse et de collaboration opportuniste, trouver la solution à cette énigme.

Le plus audacieux du groupe finira par jeter un œil aux cubes Tetrix (car c’est bien eux) placés au centre de la pièce. Après une inspection minutieuse, il s’en saisira pour en faire un siège, bientôt imité par le reste du groupe.

Dix minutes plus tard, face au besoin grandissant d’une surface d’écriture, notre groupe retournera se servir dans le stock de cubes et réalisera qu’il y a aussi des surfaces effaçables ainsi que des coussins, accessoires fort utiles dont la présence leur avait échappé jusque-là.

Et ainsi, pour le reste de ce séminaire, ce groupe construira, en toute autonomie, ce dont il a besoin, quand il en a besoin, pour avancer dans son aventure.


Conclusion:

Au début de ma carrière, l'environnement de travail était extrêmement codifié. L'espace était prêt à l'arrivée des participants : le nombre de chaises, leur emplacement, jusqu'à la disposition des feutres de couleur (marron, violet, rouge à gauche et vert, noir, bleu à droite, avec le rouge et le bleu sur le dessus, si mes souvenirs sont exacts) était prédéfini et respecté avec dévotion. C'était un espace « plein ».
Plein de processus, plein d'intentions, plein de métaphores graphiques, de livres, d'étagères remplies d'objets divers et variés.

Cette courte réflexion sur l'espace vide propose une alternative : un espace minimal, sobre, un peu austère. Un espace qui appartient à celles et ceux qui y travaillent.

C'est aussi le début d'une conversation... L'espace commentaire est là pour ça.

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